J’étais partie pour écrire une série de tweets pour raconter ce qu’il m’est arrivé ce matin, et je me suis rappelée que je ferais mieux d’écrire ça ici. L’histoire de ce matin est plutôt drôle (a posteriori), et peut-être même que beaucoup ne comprendront pas le problème que je vais soulever. Mais je crois, justement, que cet exemple peut permettre de comprendre ce qu’est le harcèlement de rue, et pourquoi il faut que ça cesse. 

Avant toute chose, histoire que vous ayez bien la définition en tête, je dois vous expliquer ce qu’est le harcèlement de rue : il s’agit de comportements verbaux et physiques allant de regards très appuyés et dévisageants, de sifflets, de commentaires et/ou de propositions non-sollicité(e)s, du fait de suivre intentionnellement une personne dans la rue, d’attouchements et agressions sexuelles, jusqu’au viol. Ses particularités sont qu’il est TRES généralement commis par des hommes et subi par des femmes, que le harceleur et la harcelée ne se connaissent pas, la situation se passe dans un espace public, l’échange a donc lieu en face à face. Il est question de harcèlement en raison du fait que la grande majorité des femmes subissent ces comportements très régulièrement (par des personnes différentes, certes), parfois plusieurs fois par jour.

Voilà, maintenant voici ce qu’il m’est arrivé ce matin : il est très tôt, et je vais courir pour profiter de la fraîcheur du matin. Je cours donc tranquillement, quand, soudain, je vois un chien devant moi, et pas de maître à l’horizon. J’ai grandi à une période où les agressions par des chiens étaient très médiatisées, alors évidemment, je reste prudente, mais ne m’inquiète pas plus que cela. Je croise le chien, et tout va bien. Je continue à courir, quand je sens quelqu’un qui me suit. C’est le chien. Il me passe devant me tourne autour. Il finit par me sauter de dessus. J’ai eu peur. Vous me direz, c’est idiot, il ne m’a pas fait mal, mais j’ai eu peur. Je recommence à courir, et le chien me suit toujours. Et au final, il m’a suivi jusqu’à chez moi. Heureusement, mon père était dans le jardin, alors j’ai pu passer le portail sans que le chien ne rentre avec moi parce qu’il regardait mon père.

Mais quel rapport entre ce chien et le harcèlement de rue, hein ? Vous avez raison, on parle de harcèlement de rue pour des faits commis par des êtres humains. Mais la ressemblance entre ce qu’il s’est passé avec ce chien ce matin, et le harcèlement de rue que je subis et que toutes les femmes subissent est assez troublante. Et je trouve que cet exemple permet à tous de comprendre en quoi la situation est gênante, puisqu’être suivi par chien n’est pas une question de genre, mais une question de hasard.

Vous auriez trouvé cela désagréable d’être suivi par un chien que vous ne connaissez pas jusqu’à chez vous, qui essaie de vous sauter dessus et d’attirer votre attention alors que vous faites autre chose ? Je vous laisse imaginer quel sentiment cela peut susciter lorsqu’il s’agit d’un être humain.
Oui mais le chien il voulait juste qu’on s’occupe de lui, se faire un copain. C’est certainement ce que se dit un harceleur aussi (qui n’a pas forcément conscience de harceler, il veut faire « connaissance »).
Mieux, le chien a sûrement senti que j’étais une belle personne, parce que les chiens sentent ces choses-là (WTF). Certainement que le harceleur justifie son comportement par le fait qu’il a été attirée par la harcelée (à cause de son physique, de ses vêtements, de ce qu’elle lisait, parce qu’il l’a vue sourire).

Je ne suis pas en train de dire que les hommes sont des chiens – expression largement répandue aujourd’hui, mais dégradante. Non, parce que l’une des très grandes différences entre l’animal et l’être humain est que ce dernier est capable de réflexion, de contrôle, et de comprendre quand on lui NON ou quand son comportement pose problème. Alors pourquoi le harcèlement de rue existe-t-il ? En grande partie à cause de notre façon d’éduquer les garçons (et les filles), en les encourageant largement à occuper l’espace, physiquement et verbalement, et en présentant les filles comme de petites choses fragiles. En faisant des garçons des prédateurs, et des filles des proies. En encourageant les jeunes hommes à libérer leur sexualité (quand les filles doivent la préserver), jusqu’à l’injonction faite aux garçons d’avoir le plus de conquêtes (le vocabulaire est édifiant) possibles. Consciemment ou non, les jeunes garçons sont dans une compétition sexuelle les uns envers les autres, les encourageant à adopter ce genre de comportements, et considérant les filles comme des propriétés. Mais on n’est pas les petites maisons du Monopoly hein, ni des Pokémon, les femmes sont des êtres humains et le but n’est pas de les collectionner.

J’espère que ce billet, la situation cocasse que j’ai vécu ce matin et le parallèle que j’en ai fait feront réfléchir. Et pour finir sur un dernier parallèle, mon chien m’a fait une scène de jalousie ce matin quand il s’est rendu compte qu’un autre chien avait couru avec moi. C’est un chien, il ne voit que le fait qu’il aurait voulu être celui qui court avec moi. Pourtant, cette scène existe (trop) souvent avec des êtres humains. Mais vous, vous le savez que la question n’est pas de savoir que vous n’êtes pas celui qui était avec votre ami(e) ou significant other, mais bien de faire quelque chose contre le harcèlement qu’iels a subi.

Source :

Cynthia GRANT BOWMAN, Street harassment and the informal ghettoization of Women.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s